Malte : Petite île mais grande histoire

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Malte : Petite île mais grande histoire

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Jean Saint Martin | 23.06.2006 | 1086 visites | 0Favoris |
Jean Saint Martin

Malte : Petite île mais grande histoireQu’elle paraît minuscule l’île maltaise isolée au milieu de la Méditerranée loin des rivages de la Sicile et face au continent Africain ! Un plateau rocheux, dominant une mer bleue turquoise, dont le destin historique fait la fierté de ses habitants. Sillonner les petites routes de l’île vous fait passer au détour d’un virage de l’époque des premiers temples mégalithiques au riche patrimoine laissé par les chevaliers de l’Ordre de Malte, sans oublier le temps où l’archipel était anglais … on y roule toujours à gauche ! Pittoresques ports de pêche, falaises vertigineuses, criques abritées ainsi que les charmants paysages de l’intérieur complètent cette balade entre nature et découvertes culturelles. Décidément ce petit Etat récemment entré dans l’Union Européenne a bien des atouts pour nous surprendre.

Un regard qui attire l’œil

Malte : Petite île mais grande histoireNul visiteur n’échappe à ces yeux lorsqu’on se promène sur les quais d’un des nombreux ports de pêche de l’île, il faut reconnaître que ce regard représenté sur la coque des bateaux traditionnels des pêcheurs maltais a de quoi intriguer. Une légendaire croyance phénicienne qui perdure : la bienveillance de ces yeux d’Osiris dessinés à la proue des luzzu protègeraient leurs occupants du mauvais sort … La mer a ses dangers que le paisible port de Marsaxlokk ne laisse pas deviner. C’est certainement le lieu le plus coloré de l’île, les eaux de ce port artisanal sont d’un bleu translucide auquel on peut ajouter les luzzu très décorés. Pas avare de peinture les pêcheurs embellissent la coque de leurs embarcations avec des motifs rouges, jaunes, verts ou bleus … comme celui du ciel ou de la mer. Un tel spectacle, doublé par des reflets qui dansent sur ce miroir liquide, ne peut qu’enchanter le visiteur ou le photographe. Là, au bord d’un petit quai, deux pêcheurs assis sur leur bateau ravaudent leur filets tout en évoquant à grand renfort d’exclamations leur dernière journée de pêche … enfin j’imagine car ils s’expriment en maltais. Quelques sourires en guise d’introduction et voici la conversation qui s’engage. Que demander à ces pêcheurs ? Evidemment, si la pêche a été bonne ? Le geste de la main est sans équivoque, un balancement de la paume qui mime des prises très moyennes ! Les poissons, cette fois en abondance, et des poulpes on les retrouve au marché, à coté de la place de l’église. Joyeuse et animée la bousculade est interminable le long des étals d’autant que nous sommes dimanche, le jour du grand marché hebdomadaire synonyme d’affluence. Un vrai bazar où il faut jouer des coudes pour se faufiler le long des quais parmi tous ces marchands d’ustensiles de cuisine, de vêtements, de chaussures, de cassettes … et de fruits et légumes avec en vedette pour ce début de printemps : les fèves et de succulentes fraises. J’avoue, je n’ai pu y résister ! Une agréable brise marine tempère l’atmosphère réchauffée par les rayons d’un généreux soleil, si l’on en croit l’étymologie du nom de ce port le vent doit être fréquent dans cette baie (xlokk = sirocco). Un vent qui fait aussi onduler sur un édifice public un grand drapeau rouge frappé d’une croix blanche … non, pas celui du Danemark mais il s’agit de la George Cross de l’Ordre de Malte qui flotte ici, comme dans toutes les agglomérations de l’île.

Souvenirs d’une époque où l’Ordre était maître

Malte : Petite île mais grande histoireUne ville musée, c’est ainsi que la capitale de l’île se présente au voyageur. D’abord il y a son nom qui fait référence au premier Grand Maître de Malte, le français Jean Parisot de la Valette, même si les maltais l’ont condensé en baptisant l’agglomération : Valetta, tout simplement ! Le patrimoine laissé par les chevaliers est bien sûr très présent dans le centre de la cité ; près du splendide Palais des Grands Maîtres qui est utilisé de nos jours pour loger le parlement se dresse la co-cathédrale St Jean (1573), le joyau baroque de cette période. Une façade finalement quelconque au vu de la fastueuse richesse de la décoration intérieure : plafonds peints en trompe l’œil évoquant la vie de St Jean Baptiste, chapelles, dorures, sculptures et surtout ce remarquable sol constitué de marbres polychromes. Un pavement fait de 369 pierres tombales sous lesquelles reposent les chevaliers. Pour continuer la découverte de La Valette, plusieurs choix sont possibles. On peut parcourir la cité les yeux rivés sur un guide touristique afin de ne manquer aucune des curiosités répertoriées (dont les 24 églises), fastidieux surtout s’il fait chaud ! Ou alors il est possible de flâner lentement au gré des quartiers en se laissant guider par ses propres découvertes. Une balade qui permet d’apprécier l’originalité de ces longues ruelles rectilignes où les façades de chaque maison sont ornées de bow-windows à l’aspect très « british ». Parfois, c’est le détail des heurtoirs de porte en forme de dauphins ou de croix maltaise qui vous donne l’envie de frapper afin de découvrir les patios ou les cours intérieures. Une petite église peut attirer le regard ou simplement une des nombreuses statues religieuses placées aux angles des rues … par moment, ce sont des voix qui résonnent émanant d’un bar où quelques hommes attablés autour d’une Cisk (la bière locale) refont le monde à coups de certitudes … tiens, nous sommes près du port et des remparts. Des fortifications, des chemins de rondes et des tours de guet qui font l’originalité du site de La Valette. Au centre de la rade trône le fort St Ange dont les murailles se parent d’une jolie teinte ambrée lorsque le soleil tutoie l’horizon. Un dispositif défensif imposant qui rappelle que la mission confiée aux chevaliers par Charles Quint était de protéger l’Europe chrétienne des assauts de Soliman le Magnifique. Et savez-vous quel fut le montant de la transaction entre le roi d’Espagne et les chevaliers lorsqu’ils s’installèrent à Malte ? Un simple faucon … dont l’histoire inspira par la suite romans policiers et cinéma.

Des moines soldats pionniers de médecine humanitai

Malte : Petite île mais grande histoireTant d’architecture militaire ne doit pas faire oublier que l’Ordre des chevaliers était dès son origine un Ordre hospitalier. Pour s’en convaincre il faut visiter l’ancien Hôpital de La Valette. Situé près des remparts, le bâtiment paraît dépouillé par rapport aux fastueux palais de la cité. Quant aux salles souterraines qui accueillaient les malades, en les voyant on se demande s’il s’agit bien de salles dédiées aux souffrants ou plutôt des cachots, l’endroit est sombre et confiné. Pourtant le travail accompli par les chevaliers et les médecins de l’époque est tout à leur honneur. Leur déontologie leur dictait d’apporter des soins quelque soit la religion ou la nationalité des malades. Un principe d’humanité rare pour l’époque. La grande salle longue de 155 m qui était le centre de la Sacra Infermeria créée ici en 1574, est maintenant transformée en un intéressant musée évoquant le travail des soignants maltais ; une reconstitution avec des objets d’époque et quelques mannequins donnent une vision encore plus réelle de ces soins. Les dispositions concernant l’hygiène étaient très novatrices pour la période : isolement des malades contagieux afin d’éviter la propagation de la peste et utilisation de service en argent pour les malades, pas par goût de luxe mais pour des raisons de propreté, l’argent ne rouille pas ! En 1787, l’hôpital (563 lits) était considéré comme le plus moderne d’Europe et la renommée des traités de chirurgie et d’ophtalmologie des médecins maltais dépassait largement le territoire du petit archipel. Précurseurs de la médecine humanitaire, des chirurgiens de l’île embarquèrent même en catastrophe avec bistouris et médicaments pour porter secours aux populations de Sicile touchées par un violent tremblement de terre, c’était en 1783. Ces principes d’hospitalité et d’aide furent mis à mal à partir de 1798, les troupes de Bonaparte prirent possession de l’île … et la généreuse Sacra Infermeria fût transformée en un hôpital strictement militaire réservé aux seuls soldats napoléoniens !

Au gré des routes de l’île …

Malte : Petite île mais grande histoireSortir du cœur historique de La Valette nécessite le passage par la place de la Triton’s Fountain et sa gare routière. Un lieu agité et coloré où attendent des dizaines de cars jaunes et rouges en partance (ou arrivant) de toutes les agglomérations de l’île. Ce sont principalement d’anciens British Leyland que leurs chauffeurs entretiennent avec le soin que l’on porte aux véhicules de collection, résultat la peinture brille et les chromes étincellent. Lire les destinations affichées fait déjà voyager à travers l’archipel : Mdina, Mosta, St Paul, Cirkewwa … Partons pour la région de Zurrieq, en voiture de location pour plus de liberté. Conduire à gauche n’est pas vraiment évident, surtout dans la périphérie de la petite capitale : une succession de faubourgs vallonnés, de tunnels et de rocades entre coupées de ronds-points à plusieurs files, c’est un peu stressant au début ! Tiens, voilà la direction repérée, je déclenche le clignotant … zut, ce sont encore les essuie-glaces qui démarrent, toutes les commandes sont inversées sur ces tableaux de bord ! Un héritage de l’époque anglaise.

Malte : Petite île mais grande histoireLes distances sont courtes à Malte et très vite on se retrouve dans la campagne, un univers rural certes réduit mais qui offre ses charmants paysages de cultures en terrasses, de parcelles de vigne (dotées de systèmes d’arrosage, il fait très sec l’été en Méditerranée !) et de quelques champs de céréales qui ondulent au gré du vent. Un vent utilisé à Zurrieq pour faire fonctionner son moulin, un des derniers en service sur l’île. Situé dans le bourg, ses murs épais lui donne l’allure d’une tour défensive. Sur le pas de la porte, Georges, le meunier et guide à ses heures perdues m’accueille avec un large sourire m’invitant ainsi à entrer. Non pas pour la visite bien rodée lorsqu’il récite un texte maintes fois répété, mais pour me donner quelques renseignements, il a compris que j’étais intéressé. Très fier de me parler de ces ancêtres qui déjà travaillaient ici, de la rénovation du moulin en 1986 sans oublier de me présenter les quatre qualités de farines obtenues grâce à la meule. A l’extérieur les ailes du moulin sont immobiles se détachant parfaitement sur le fond de ciel bleu ; « Mais, le moulin ne fonctionne-t-il pas ces temps ci ? » Et Georges de me répondre : « Bientôt, sans doute la semaine prochaine » m’avouant qu’une gênante douleur de l’épaule ne lui permet pas de travailler actuellement. Comme quoi, un moulin a besoin de vent, on s’en doutait, mais aussi de son meunier ! Merci Georges et bon rétablissement.

Des pierres et leur mystère

Malte : Petite île mais grande histoireDe tous temps la roche calcaire qui affleure un peu partout sur le territoire insulaire a été utilisée par les habitants des lieux. Les témoignages les plus anciens étant représentés par ces nombreux temples mégalithiques découverts par les archéologues. Ils figureraient parmi les plus anciens du bassin méditerranéen, à l’image de celui de Hagar Qim (3200-2500 avJ.-C.) situé sur la côte sud-ouest. Ces gigantesques « pierres dressées » atteignent 7 mètres de haut pour un poids d’environ 20 tonnes. Tout proche mais en contre bas, parmi un décor d’une lande sauvage dominant la mer avec en perspective l’îlot rocheux de Filfla, le temple de Mnajdra. Bien qu’il soit plus ancien, il paraît mieux conservé, sans doute en raison du calcaire corallien utilisé, plus résistant à l’érosion. Malgré les travaux des archéologues, des mystères demeurent sur le culte des bâtisseurs maltais, quels dieux vénéraient-ils, quel sens donner à leurs rites ? Peu éloignées des vertigineuses falaises calcaires de Dingli, d’autres pierres, horizontales celles-là, ont toujours intrigué les promeneurs. Imaginez, au beau milieu de la garrigue, un sol constitué de dalles de pierre entaillées sur des centaines de mètres par de véritables sillons parallèles. Des traces profondes de 30 centimètres dont l’espace est régulier entre elles (1 m 40) et qui de plus s’entrecroisent par endroit, telles des voies ferrées et leurs aiguillages. La vision est si surprenante qu’elle a stimulé l’imagination et engendré des légendes : serait-ce des traces dues à l’usure de boulets sur lesquels roulaient les pierres nécessaires à l’édification des temples ? Peu probable ! Il n’y a pas de carrières anciennes à proximité, alors sont-elles dues au transport du sel à l’aide de traîneaux ? Ou bien, tout simplement, ces sillons seraient le résultat d’un phénomène d’érosion naturelle, enlevant ainsi un peu de magie à ces étranges lignes qui ne mènent nulle part. Mais à Malte on a aussi hérité de l’humour britannique, savez-vous comment est appelé ce lieu surprenant ? Clapham Junction du nom de la gare ferroviaire de triage de Londres ! Avec beaucoup d’imagination, c’est presque ressemblant ! Parcourir la garrigue qui longe les côtes maltaises ne se révèle pas toujours aussi étonnante mais permet au randonneur de contempler de magnifiques points de vue sur la mer et parfois de faire quelques rencontres. Passée une lande couverte d’un tapis jaune très printanier, voilà un chasseur accompagné de ses chiens qui traque les oiseaux, plus loin, au milieu d’un champ de pierres séparé de petits murets (de pierres toujours) un berger surveille son troupeau de moutons. La végétation semble rare mais il en faudrait plus pour décourager ces bêtes qui broutent sans cesse. Malgré la brise légère, par endroit flotte dans l’air une agréable senteur de thym, j’ai bien demandé à ce berger de me montrer ces odorantes herbes mais manifestement il ne devait comprendre que le maltais … dommage, en tout cas, cela m’a ouvert l’appétit.

Après la « fenkata », la colossale Rotunda

Malte : Petite île mais grande histoireBien que le bourg rural de Mgarr possède une belle église coiffée d’une imposante coupole, cette curiosité n’est pas le motif de ma venue dans ce village du nord de l’île. Non, ici c’est le plat traditionnel maltais que je viens déguster : la fenkata dont les petits restaurants entourant la place l’église se sont fait une vraie spécialité. Ayant pris place, j’attends que l’on me serve ce plat que les maltais mettent au menu des réunions conviviales et des repas familiaux. Une sauce de lapin cuisiné avec du vin, on imagine tout de suite une sorte de civet mais finalement le résultat est assez différent. Peu de sauce mais à l’onctuosité et à la saveur relevée par les herbes aromatiques de la garrigue. Imitant les quelques maltais attablés autour de moi, je n’hésite pas à mettre les doigts pour attraper chaque morceau de lapin … comme pour saisir aussi les frites qui accompagnent ce plat. Copieusement repu, il est temps de continuer la découverte en se dirigeant vers Mdina, ancienne capitale de l’île avant que les Grands Maîtres de l’Ordre ne lui préfèrent le site de La Valette, plus stratégique sans doute. Pourtant sa situation au centre de l’île est privilégiée, la cité médiévale et le dôme de sa cathédrale sont juchés sur le point culminant de l’île … à 210 mètres de hauteur ! Un patrimoine médiéval endommagé par un tremblement de terre en 1693 mais les reconstructions qui suivirent laissent aux visiteurs de riches et intéressants monuments comme la somptueuse cathédrale Saint-Paul. Les remparts et leurs chemins de ronde valent aussi la promenade afin de profiter d’un panorama sur 360°. Et de là, le regard est attiré par un dôme majestueux et gigantesque que l’on aperçoit à quelques kilomètres. La Rotunda de la ville de Mosta paraît colossale par rapport aux maisons et immeubles cubiques qu’elle domine. Une impression grandissante lorsque l’on approche de l’agglomération. Les dimensions de cette coupole ont de quoi surprendre (61 m de haut et 39,6 m de diamètre), ce serait même la troisième coupole au monde après celle de St Pierre de Rome ; autre ressemblance avec la capitale italienne, la façade de cette église est inspirée de celle du Panthéon avec son alignement de colonnes ioniques

Malte : Petite île mais grande histoireEt comme dans une île tous les chemins mènent aux rivages, le hasard de la balade me conduit dans une crique abritée du nord de l’île, là c’est à nouveau les yeux d’un luzzu que croise mon regard. Sur le quai, un pêcheur pinceau à la main étale une dernière couche de vernis sur son bateau joliment décoré et fraîchement peint. La proue du luzzu est dirigée vers la mer et ses « yeux » fixent l’horizon où l’on aperçoit une côte rocheuse … celle de la petite sœur de Malte, l’île de Gozo. Presque un clin d’œil invitant à poursuivre la découverte de l’archipel.

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